Quiz du savoir-écrire.

 

Pourquoi écrit-on “Cedex” dans certaines adresses ?

Le service CEDEX (Courrier d’Entreprise à Distribution EXceptionnelle) permet d’identifier clairement et précisément le courrier destiné aux entreprises et ainsi d’assurer un traitement spécifique.
Les codes CEDEX correspondent à un service et sont gérés dans chaque bureau dit CEDEX.
Le code CEDEX est composé de 5 chiffres :
- les 2 ou 3 premiers sont les numéros minéralogiques du département,
- pour La Poste aux Armées, le Code Postal commence par 00,
- pour Monaco et les TOM ce code est 98,
- les 2 ou 3 chiffres suivants correspondent à une série gérée par un bureau CEDEX

Crée en 1972, le CEDEX (Courrier d’Entreprise à Distribution EXceptionnelle) permet de spécialiser le traitement du courrier adressé aux Entreprises et aux Administrations.

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Qu’est-ce que l’écrit public ?

Le changement de culture de l’écrit public

26  avril 2006 | par Michel Briand

La diffusion des outils numériques n’est pas qu’une question d’apprentissage de savoir faire technique, elle dépend fortement de nos modes de fonctionnement en société. Le passage d’une culture hiérarchique et descendante à une culture de l’écoute, de l’attention aux autres, des modes coopératifs, relève du temps long des changements humains. C’est une des leçons que nous tirons des initiatives d’écrits publics que nous avons développé à Brest. Ce temps long entre en collision avec la diffusion rapide des blogs, Webradios, vidéoblogs, sites de publication et wikis. Cette contradiction interpelle aujourd’hui responsables de collectivités et d’associations.

De l’accès public à l’écrit public accompagné

Á l’arrivée de l’Internet dans la société, l’accès public accompagné a rapidement diffusé en France, maillant les territoires de 3000 Points d’Accès Publics à Internet (PAPI) et autres espaces publics numériques. Malgré le retrait de l’État du financement de leur fonctionnement [1], le réseau reste vivant comme en témoigne le site de l’association Créatif.

Au début du réseau I3C « Internet Créatif Coopératif et Citoyen » nous avons été un certain nombre à croire en une rapide diffusion des pratiques de publication sur le Web. Les outils de publication dynamique tel SPIP , et un peu plus tard les blogs, ont ouvert l’écriture sur le Web aux personnes qui ne pratiquaient pas les codes du langage html ou les programmes d’éditions souvent coûteux.

Pourtant l’écriture publique sur le Web ne va pas de soi : oser écrire, être à l’aise avec l’ordinateur n’est pas donné à tout le monde. En l’absence de politique publique, les écarts entre groupes sociaux s’accroissent comme le confirment les études récentes de l’Union Européenne. Motivée par l’idée d’une expression ouverte aux associations, aux citoyens, d’une co-écriture qui ouvre les débats, la ville de Brest a mis en place un important accompagnement qui concerne plusieurs centaines de personnes et porte sur l’apprentissage des outils mais aussi de leurs usages, avec deux formations par mois au B-A-BA de l’écrit journalistique (écrire un titre, ce qu’est une brève, portrait croisé, interview).

Une réelle dynamique s’est mise en place, qui se traduit aujourd’hui par l’éclosion de plus de deux cent sites associatifs et de quartier. Un espace d’expression s’est ainsi ouvert qui s’accroît et de se diversifie. Des sites comme a-brest et brest-ouvert ,doublent leur fréquentation tous les ans, atteignant aujourd’hui 2500 visites par jour et 1000 abonnés au magazine hebdomadaire associé. L’hébergeur associatif « Infini » a quadruplé sa bande passante pour accueillir aujourd’hui 180 sites [2]

Dans le même temps, les formations sont passées de l’échelle de la ville à un accompagnement de proximité dans les quartiers qui porte ses fruits avec la multiplication des micro-initiatives : ainsi le journal « couleur quartier de Kérourien » donne naissance à un site qui croise expression des jeunes filles issues de l’immigration, échanges de recettes de cuisine, informations du club de gym du quartier. La rencontre « écrits écrans publics » qui s’est tenue en Février 2006 nous a donné à voir le beau résultat de cette politique d’accompagnement de l’écrit public avec un mélange foisonnant de sites coopératifs, vidéos, films, écrits, collectes de mémoires dans les quartiers…

L’écrit public crée du lien vit mais se diffuse lentement dans les collectivités

Ce bilan positif doit être nuancé par deux constats : Le nombre de rédacteurs s’est accru mais l’écriture reste difficile, les textes sont souvent sollicités pour être proposés. Rares sont les magazines qui fonctionnent avec un comité de rédaction effectif, c’est plutôt de l’écriture à plusieurs mains. Autre indice de difficulté, la tentative d’ouvrir une « place publique locale en ligne » associant la ville, l’association « Place publique » et le collectif des journaux de quartier a échoué. Le bilan tiré d’un an d’accompagnement fait apparaître que les personnes sont d’abord impliquées dans leur association et franchissent difficilement le pas proposé d’une écriture journalistique « citoyenne »*.

Par ailleurs, les sites développés par la ville autour de l’appropriation sociale, de la participation et du projet éducatif local s’élargissent en participation et en lectorat chaque année, mais sans diffuser dans les autres services municipaux. Ecrire soi-même quand on est agent municipal, donner la possibilité aux autres agents de la collectivité d’écrire et de publier,donner à voir les documents, les compte-rendus, n’est pas dans la culture de la plupart des responsables de services et des élus. Ces derniers ont en effet une appréhension de la parole ouverte, d’un afflux de textes critiques. Pourtant nous avons découvert que sur des milliers d’articles publiés, à peine un pour cent fait problème aux animateurs du magazine local.

Derrière l’écrit public ce sont des questions de fond sur la participation, l’information donnée à voir et à débattre, l’écoute des paroles source de lien social et d’estime de soi qui sont en jeu. Un vaste sujet qui explique que les petits moyens d’une politique locale d’écrit public accompagné ne peuvent que produire des micro-changements qui pour l’instant ne sont pas repris dans d’autres villes, faute de culture partagée de coopération.

Pourtant, à côté de cette politique locale (ou absence de politique trop souvent), la multiplication des blogs (un lycéen sur deux), l’arrivée des médias radios et vidéo sur le Web, les wikis collaboratifs, participent sans attendre à cette transformation sociale induite par la diffusion des outils du numérique.

Á nous de faire que la politique ne reste pas en dehors de ces changements et participe à répondre au besoin de débat, d’écoute, de bien commun si souvent évoqué de crise en crise.

[1] Seul le réseau des espaces culture multimédia, ECM, bénéficie encore d soutien public.

[2] 80% de ces sites sont sous spip. Voir la ronde des sites coopératifs et le portail « d’Infini ».

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Journal d’un écrivain-public en formation 2010

 

Mai 2010

Je suis assise sur un banc, situé entre la rue Doudeauville, la rue Jean Robert et la rue Ordonner. Je connais bien ce quartier puisque j’ai vécu et grandit dans ce quartier jusqu’à l’âge de 13-14 ans. La rue Ordonner dans mes souvenirs représentait une frontière avec un autre Paris que je ne connaissais pas. Aujourd’hui ce quartier a beaucoup évolué dans le commerce de l’import-export en toute marchandises alimentaires et vestimentaires. Les gens qui y résident, volontairement, involontairement,   ont apporté avec eux  dans l’exil, la nourriture,  leurs effets et leurs savoir-faire.  SG

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1er juillet 2008 par Philippe Bordier  VaillantGoutte d’OrDoudeauville

Nids-de-poule, trottoirs défoncés, mobilier urbain dépassé : la rue Doudeauville est moche. La municipalité va consacrer 3,7 millions d’euros à sa réfection.

Une seule voie de circulation, élargissement des trottoirs, plantations d’arbres, rénovation de l’éclairage public : la rue Doudeauville, dans le 18e arrondissement de Paris, sera réaménagée de fond en comble, de l’hiver 2008 à l’automne 2009. La municipalité a récemment présenté le projet aux riverains de la rue. Lesquels ont aussi insisté sur le travail qui doit, selon eux, être réalisé sur l’ensemble du quartier de la Goutte d’Or.

Le préau de l’école de la rue Pierre Budin est bondé. L’assistance, une cinquantaine de riverains de la rue Doudeauville, s’impatiente. Monsieur le maire est en retard. La salle grogne. Les élus municipaux, Félix Beppo, adjoint à l’espace public (voirie et propreté) et Dominique Lamy, chargé des transports, tentent de calmer les impatients. La réunion publique de concertation pour le réa-ménagement de la rue Doudeauville fait recette. En effet, cette rue est stratégique.
 
L’éclairage public de la rue sera, lui aussi, totalement rénové.

Elle coupe en deux la Goutte d’Or et relie deux quartiers majeurs au nord de Paris : Max Dormoy et Barbès. La rue comporte un pont, d’une tristesse architecturale exemplaire, lequel enjambe les voies Sncf de la gare du Nord. Revêtement de la chaussée trouée de nids-de-poule, trottoirs défoncés, mobilier urbain dépassé : la rue Doudeauville est moche. La municipalité va donc mettre le paquet pour lui redonner une seconde jeunesse : 3,720 millions d’euros seront consacrés à sa réfection. « Davantage que ce que l’on a fait aux Abbesses », souligne Daniel Vaillant, maire du 18e, lequel vient d’arriver en s’excusant : « Il y a parfois des urgences à assumer ! »

Les travaux devraient être lancés en décembre 2008. Réalisés en cinq phases pour limiter les perturbations, leur achèvement est prévu en octobre 2009. Première grande mesure présentée par les ingénieurs de la voirie de Paris : l’élargissement des trottoirs et la mise en une voie de circulation, afin, notamment, d’empêcher le stationnement en double file. Des places de stationnement et des aires de livraison sont prévues côté pair. La salle ricane. Une habitante explique : « C’est impossible. Les camionnettes stationneront au beau milieu de la rue. Et la circulation sera bloquée. »

Les trottoirs seront élargis et une seule voie sera réservée à la circulation afin d’empêcher le stationnement en double file.

La rue Doudeauville présente en effet la particularité d’accueillir, de part et d’autre de la chaussée, une kyrielle de boutiques, détaillants et grossistes, spécialisés dans l’importation de produits exotiques. On vient de toute la région parisienne, voire bien au-delà, s’approvisionner dans le quartier. Camionnettes et voitures particulières stationnent sans vergogne au beau milieu de la rue le temps de charger les produits. « Sur une seule voie, il faudra être gonflé, tout de même », soupire Daniel Vaillant.

Sans être totalement hostile, la salle demande à voir. En revanche, l’assistance manifeste plus clairement son intérêt quand les ingénieurs expliquent la rénovation de l’éclairage public et soulignent le projet de planter 34 arbres le long de la rue. Des chênes verts et des pommiers pyramidaux d’une hauteur comprise entre 8 et 10 mètres à l’âge adulte. « Il faut modifier l’aspect minéral de cette voie », expliquent-ils. Comment leur donner tort ? La rue Doudeauville est un véritable désert végétal. À part deux ou trois jardinières posées devant l’école Doudeauville et trois arbres maigrichons, la grisaille règne sans partage d’un bout à l’autre de la rue.

Les doigts se lèvent. « La verdure, c’est bien beau, lance cet habitant, mais on fait quoi des déjections canines et humaines au pied des arbres ? » « D’ailleurs, renchérit cette dame bien mise, a t-on pensé à l’installation de sanisettes ? » Élus et techniciens notent les remarques. Certaines d’entre elles ne manquent pas de singularité : « J’ai acheté un appartement rue Doudeauville l’année dernière, explique ce jeune homme. C’est au deuxième étage et je n’ai pas envie d’avoir des arbres devant mes fenêtres. »

Les voies Sncf de la gare du Nord, vues depuis la rue Doudeauville.

Souvent, le débat dépasse largement le cadre de la rue Doudeauville et s’oriente sur le quartier de la Goutte d’Or lui-même. Ainsi, une majorité d’habitants souhaite voir s’accélérer la délocalisation du marché Dejean, situé métro Château Rouge. Le projet d’un marché des cinq continents au nord-est de Paris, qui accueillerait les commerces exotiques installés dans la Goutte d’Or, est en bonne voie, « mais ce travail prend du temps »

« On ne sait pas vraiment où il en est, affirme, après la réunion, Roxane Decorte, conseillère de Paris et chef de file UMP de l’opposition municipale. Sans son aboutissement, réhabiliter le quartier sera difficile. Rue Doudeauville ou ailleurs. » « Notre objectif, précise Daniel Vaillant, c’est qu’un commerce correspondant à une demande locale subsiste dans le quartier. Mais il faut le règlementer. »

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Mai 2010

J’attends Dramé, un jeune homme qui m’a été recommandé pour créer du lien et partir à la recherche d’un local dans lequel,  je pourrai accueillir et écrire pour autrui.  Ma situation financière n’est pas adapté pour que je m’engage dans un tel investissement, c’est dommage parce que ma volonté est sincère et que je me sens prête à recevoir des personnes en situation d’écoute. Bien-sûr des doutes sont présents, mais pas l’envie. De toute manière, ces rendez-vous sur Paris, sont autant de prétexte à découvrir, connaître et explorer des champs nouveaux. Alors, je sais que je ne suis pas en train de perdre mon temps.

Mon rendez-vous tarde à arriver, peut-être s’est–il perdu entre deux livraisons ? Il fait froid aujourd’hui et le temps vire à la pluie. Cela me laisse le temps et le loisir d’observer les magasins et les enseignes des taxi-phone. Il y  en a beaucoup dans les quartiers populaires.

Ce quartier est construit entre des ponts ferroviaires, des passerelles passant entre la gare du Nord, beaucoup plus hauts, Barbesse et les boulevards. J’aime cette architecture dédiée à la mobilité et aux transports de matières en tout genre.Même si le paysage présente quelques lacunes et manque de verdure. Le 18e  est remplit de charme, c’est un peu un quartier de ports avec ses marins, mais sans la mer. Je remercie mes nouveaux amis de me permettre de  me baigner à nouveau dans ce ancien village  qu’est Paris. 

SG

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Quelques heures auparavant.

J’arrive de de L’URSSAF de Montreuil, qui m’a averti que m’ouvrir un compte d’auto-entrepreneur en qualité d’écrivain-public n’était pas le mieux. Beaucoup d’ inscription ne servaient pas à grand-chose. L’agent considérait que l’état sur cette affaire faisait un effet d’annonce digne du miroir aux alouettes. Beaucoup en étaient revenus de ce statut qui ne leur avaient pas apporté une once de possible développement, mais plutôt des désagréments administratifs et financiers. Au fond de moi, je remerciais cet agent préposé aux impôts d’autant  plus que sa franchise  me rassura.  “ Un homme averti en vaut d’eux”.

Il y a des gens contentieux me suis-je dis. Je lui expliquais que j’étais sans doute sur le point de signer un bail à ST-OUEN et que pour cela je devais me créer un statut afin de convaincre le loueur. Et qu’après, je verrai bien. Je ne souhaite pas aller au casse-pipe, juste me rendre compte toute seule de la difficulté aujourd’hui, de trouver un local sur Paris.

- Plongée, dans mes pensées, mon rendez-vous arriva tout en souriant et très en retards. Nous devions continuer à chercher ce local qui nous permettra de mettre en place de nouvelles choses et pour cela il fallait se sentir bien…

SG

 

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Gérard Imbert – La place de l’observateur

Gerard Imbert

 

Ressources sociologiques

L’observation sociologique constitue, plus que toute autre, la méthode la plus ethnographique. Elle est héritière du travail des ethnologues des siècles derniers, qui allaient vivre au milieu des tribus « primitives » pour se familiariser avec d’autres cultures (et en rapporter ensuite le fonctionnement aux occidentaux friands d’exotisme ou de domination post-coloniale…).
Bien qu’elle ne présente pas les signes les plus évidents de la « scientificité », l’observation exige bien des précautions, justement parce que la frontière est mince entre une observation sans intérêt et une autre qui améliorera la connaissance du monde social.

Une bonne partie de ce qui peut être dit au sujet des entretiens vaut a fortiori pour l’observation. En effet, ces deux méthodes ont en commun de prétendre enregistrer la réalité sociale. Mais pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’être présent sur le terrain. Autrement dit, il n’est pas vraiment possible d’observer le monde social tel qu’il serait si l’observateur n’était pas là. Le sociologue n’est pas invisible. Il n’est pas hors jeu. En étant présent, il change la nature de ce qu’il observe. Cette évidence posée, comment limiter les dégâts ?

Une bonne observation exige donc (au moins) trois précautions : trouver une place, mesurer l’impact de sa présence et enfin présenter les facettes adéquates de sa personnalité sociale.

Trouver une légitimité

A moins d’avoir une autre casquette que celle de sociologue (salarié ou bénévole du lieu étudié, par exemple), et à moins de faire un passage éclair (ce qui n’est pas vraiment la norme de l’enquête sociologique), il ne faut surtout pas être un personnage indésirable aux yeux des occupants « naturels » du lieu d’observation. Car dans ce cas, les choses vous seront plus ou moins cachées : on vous fera partir, ou, si ce n’est pas possible, on vous mettra sous les yeux une représentation artificielle des activités habituelles du lieu. Pour éviter cela, en complément d’une politesse adaptée aux interlocuteurs (ni trop, ni trop peu), il convient de préparer son entrée et son maintien sur le terrain.

- Négocier sa position. A moins d’investir un lieu totalement public (par exemple une rue), il y a la plupart du temps un responsable, officiel ou non ; ou tout du moins un habitué qui tient lieu de responsable. ex : même si l’objectif est d’étudier la vie quotidienne dans un café, lieu ouvert au public, le patron ou son barman auront tôt fait de vous repérer. D’une façon générale, mieux vaut ne pas éveiller la méfiance. Il faut donc se présenter ouvertement (étudiant, chargé d’étude, etc.), montrant qu’on est prêt aussi bien à rester discret et en retrait, qu’à donner un coup de main. Sans non plus passer pour un demeuré, il est plus « rentable » de montrer qu’on est là pour apprendre, pour recueillir des informations. Il est toujours temps, progressivement, de montrer qu’on n’est pas « né de la dernière pluie ».

- Trouver un allié. Pour consolider une situation d’observateur trop précaire ou tout simplement pour ne pas vous trouver désœuvré, un allié est précieux. Il peut s’agir de quelqu’un que vous connaissez par ailleurs, ou avec qui le contact est bien passé dès le premier contact. Bref, une personne qui ne vous laissera pas tomber, qui ira vous présenter aux autres, qui vous aidera à élucider des propos ou phénomènes un peu mystérieux.

- Définir de façon adéquate l’étude menée. Il faut bien présenter la raison de votre présence. Ca vaut même pour les observations participantes « sous couverture » (comme salarié saisonnier ou comme bénévole, par exemple). En effet, il faut bien lever le voile quand vous vous montrez un peu plus curieux que la moyenne, et surtout si vous sollicitez un entretien. Bref, quand il s’agit de présenter un peu votre recherche, il est plus prudent d’être honnête, sans pour autant donner trop de détails sur votre problématique ou vos hypothèses. Le danger est souvent de plaquer sur vos interlocuteurs une vision ou même un jugement qu’ils n’apprécieront pas. Il faut au contraire adapter la présentation de votre démarche selon l’interlocuteur. En fonction de son niveau hiérarchique : par exemple, dans un service hospitalier, vous pouvez plus « intellectualiser » avec le médecin-chef qu’avec le personnel d’entretien. Et en fonction de sa spécialité : tant qu’à faire, suggérez que ce que fait LA personne en face de vous vous intéresse tout particulièrement, ce qui doit d’ailleurs être la vérité pour une bonne enquête (tout le monde est intéressant).

Prendre en compte les effets de l’intrusion

Dans l’idéal, il faut le moins possible parasiter la situation observée, c’est-à-dire déranger le moins possible le cours habituel des évènements. Mais en vérité, la présence de l’observateur sur les lieux est rarement sans incidence. Il est important de considérer que les relations sociales observées peuvent être affectées par cette présence. Ainsi, l’observateur perçu comme une sorte d’espion de la direction encouragera le personnel à se montrer plus rigoureux qu’à l’accoutumée. De même, certains conflits n’éclateront pas justement en présence de l’observateur, de l’étranger. Dans tous les cas, il faut prendre le temps et montrer sa neutralité bienveillante pour devenir un familier, pour faire (un peu) partie des meubles.

L’intrusion peut faire survenir des évènements qui n’ont lieu qu’en réaction à la présence de l’observateur. C’est ce que ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – bien des équipes de journalistes qui voient certaines bandes leur jeter des pierres. Résultat : « Banlieues, les caillas-(sages) au quotidien ». Alors que l’information est plutôt : « Territoires montrés du doigt : les habitants chassent le petit personnel des montreurs du doigt ». De façon souvent moins musclée, le sociologue peut être assimilé au pouvoir, aux nantis, etc. si bien que l’hostilité, ou même seulement l’indifférence, fera obstacle à la bonne conduite de l’observation. Il ne faut pas oublier que cette démarche n’apparaît pas toujours comme étant bien sérieuse, et ne ressemble pas à un « vrai travail ».

Maîtriser ses propriétés sociales

Comme toute interaction sociale, la situation d’enquête (observation ou entretien) est définie en fonction des caractéristiques sociales des individus en interaction. Contrôler l’image que l’observateur projette est nécessaire pour parvenir à se faire accepter. Il n’y a pas de « bonne image » dans l’absolu, mais toujours en relation avec les standards de la conformité propres au lieu observé. Cela dit, dans le doute, mieux vaut être poli sans être obséquieux, cultivé sans être pédant, propre sans être « minet(te) ».

- L’apparence. La tenue vestimentaire, sans être un uniforme, constitue un premier indicateur de votre personnalité sociale. De même que les cosmétiques et les bijoux, la tenue classe selon les critères en vigueur sur le lieu d’observation : soigné/négligé, naturel/artificiel, décontracté/strict, cité/bourge, etc. Il faut donc anticiper et présenter une « façade sociale » acceptable. Les vêtements ne sont pas tout. La façon de marcher, la façon de saluer ou encore le port de tête contribuent aussi à produire une image. A l’observateur de faire en sorte qu’elle lui serve, ou tout du moins qu’elle ne lui nuise pas.

- Le langage. [ce passage concerne a fortiori les entretiens] C’est un domaine à part, car après tout, certaines observations peuvent se dérouler en silence. Mais il y a toujours une possibilité de parler, ne serait-ce que si on vous demande la raison de votre présence. Par le langage, on « envoie » bien des d’informations. Aussi bien le vocabulaire employé que le volume et le ton de la voix vont constituer des critères de classement. Il faut savoir se montrer à l’écoute mais pas inquisiteur, bien sûr. Mais ce n’est pas un seul et unique langage qui permet d’atteindre cet objectif. Ainsi, le fait de relancer est selon les cas une aide précieuse ou une forme d’interruption ; la référence à un savoir académique ou artistique peut constituer une reconnaissance de la valeur culturelle de l’interlocuteur, mais elle peut aussi être un acte d’intimidation.

Mais cette maîtrise des propriétés sociales doit aller plus loin. Il s’agit aussi d’avoir suffisamment de self-control pour conduire sereinement l’observation. Pour ne rien rater du spectacle, mieux vaut ne pas être submergé par les émotions : l’indignation comme l’enchantement sont de mauvais compagnons pour le sociologue. En effet, le calme et la clairvoyance sont nécessaires pour comprendre que la situation – si extraordinaire ou dérangeante semble-t-elle – constitue la routine pour les autres protagonistes.

- Les valeurs. Certaines observations sont l’occasion d’assister à des situations « extrêmes » (licenciement, mise à mort de bétail, refus d’une allocation familiale, etc.). L’observateur peut être choqué, en raison de ses convictions et de sa morale. Il faut donc s’y préparer : réfléchir aux « points sensibles » (histoire familiale, mauvais souvenirs, tabous) pour ne pas être surpris par les évènements, ou tout du moins les relativiser. Bref, il faut se connaître un peu soi-même pour pouvoir prétendre connaître les autres. Il s’agit de ne pas gêner les autres en montrant sa propre gêne. Mais il s’agit aussi de faire la sociologie de son embarras, de mettre le doigt sur les conditions sociales qui doivent être réunies pour qu’un individu soit ou non choqué par tel ou tel évènement.

- Les émotions. Le dégoût comme la séduction sont, eux aussi, des phénomènes qui peuvent surgir spontanément. On ne peut guère espérer les faire disparaître, mais là encore, il faut apprendre à les réguler. Après tout, les rendre visibles peut être une bonne chose pour créer une dynamique, une mise en évidence de la tension entre banalité pour les habitués et exceptionnalité pour les « étrangers ». Cela dit, se laisser submerger par les émotions est un danger pour l’observation sociologique, car cette situation risque de créer une focale ou au contraire une mise à distance. Rien n’interdit d’être dégoûté ou charmé. Pour autant, ça devient dangereux quand de telles émotions orientent les premières interprétations.
S’agissant des interrogatoires policiers, par exemple, il convient de ne pas se contenter d’une scandalisassion face à la brutalité (dérangeante) de certains policiers, mais de s’interroger également sur les formes de division du travail (leur origine, leur rôle) et sur la nature des infractions qui suscitent plus que d’autres de telles attitudes.
La neutralité n’est pas une démission morale : il s’agit plutôt de produire une analyse fine et attentive pour comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont, sur quoi et sur qui elles reposent.

Actualité du Web

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Quand l’écrivain-public se fait et se veut sociologue :

http://www.plumeacide.com/pages/Sociologie_des_usagers_et_dossiers_traites_par_les_ecrivains_publics-1070157.html

Ce site est très intéressant  a voir et a parcourir SG.

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Abdelmalek Sayad L’immigration ou les paradoxes de l’altérité

Quand le sociologue se fait écrivain-public par Pierre BOURDIEU

 

par Pierre Bourdieu – publié le lundi 17 avril 2006

Le texte qui suit a été rédigé par Pierre Bourdieu en 1991 pour la préface du livre d’Abelmalek Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité [1]. Les éditions Raisons d’Agir rééditent aujourd’hui, en plusieurs volumes et avec des chapitres inédits, ce livre pionnier, dont la richesse et la finesse ont rarement été égalées. Nous en recommandons vivement l’achat et la lecture. Rappelons également qu’une pétition lancée par l’association Les Oranges et soutenue notamment par le maire (PCF) de Nanterre Patrick Jarry, demande qu’ un collège de cette même ville porte le nom d’Abdelmalek Sayad.

Avec Abdelmalek Sayad, le sociologue se fait écrivain public. Il donne la parole à ceux qui en sont le plus cruellement dépossédés, les aidant parfois, autant par ses silences que par ses questions, à trouver leurs mots, à retrouver, pour dire une expérience qui la contredit en tout, les dires et les dictons de la sagesse ancestrale, les « mots de la tribu » qui décrivent leur exil, elghorba*, comme un occident, une chute dans les ténèbres, un désastre obscur. Cela sans jamais s’instituer en porte-parole, sans jamais s’autoriser de la parole donnée, comme tant de défenseurs impudents des bonnes causes, pour donner des leçons ou exhiber des bons sentiments.

« N’avoir que des frères, que des oncles partout ; faire du premier venu son frère, son père, son oncle, il faut vraiment n’être rien, n’avoir aucune estime de soi pour se donner en spectacle de la sorte » – celui qui lui parle ainsi ne peut le faire que parce qu’il voit, à toute son attitude, qu’il peut, sans risque d’offense, lui tenir ce langage : la dignité reconnaît la dignité. Il y a une manière de « fraterniser » qui renferme une forme de mépris de soi et de l’autre. Sayad ne fraternise pas ; il est fraternel.

Il n’est pas de ceux qui vont au « peuple », qui déclarent leur amour d’un « peuple » de paroles et de la parole du « peuple ». Mais il est là, jour après jour, depuis plus de trente ans maintenant, dans son village de Kabylie, dans les « regroupements » de l’Ouarsenis ou de la presqu’île de Collo, dans les bidonvilles d’Alger ou de Constantine et, aujourd’hui, dans les « cités » de Marseille ou de Villeurbanne, de Nanterre ou de Saint-Denis ; il est là, et il écoute, et il enregistre, et il transcrit, et il transmet, sans phrases, les paroles qu’il attire et accueille, telles la confession, digne d’un personnage de Beckett, d’un balayeur mélancolique, ou les confidences d’une étudiante « beur », avec une sympathie sans pathos, une complicité sans naïveté, une compréhension sans complaisance ni condescendance.

Il fait partie du tout petit nombre de personnes avec qui l’on peut se présenter devant un paysan kabyle ou béarnais, un ouvrier algérois ou parisien. La discrétion et la dignité, la justesse de ton et la pudeur qu’il met dans l’échange avec ses interlocuteurs se retrouvent dans la manière dont il rend compte de leurs propos. Refusant les solidarités ostentatoires tout autant que les dénonciations tapageuses, il paraîtra tiède, voire timoré, aux amateurs d’engagements péremptoires : n’est-il pas obligé de se justifier, dans une note, de parler à peine d’une grève de la Sonacotra, pourtant bien faite pour susciter les déplorations dramatiques, alors qu’il vient de décrire, avec une ferveur contenue, tout ce qui, dans l’existence ordinaire des hébergés, rend cette grève sensée et nécessaire ? Et comment ne pas repenser, ici, à ces soirs de l’été 1960 où, avec notre ami commun Moulah Hennine, assassiné peu après par l’OAS, nous devions essayer de convaincre tel des jeunes militants de l’UNEF venus avec moi pour mener une enquête dans les derniers moments de l’Algérie coloniale, et proprement effrayés de tout ce qu’ils découvraient, qu’il ne servait à rien de s’indigner, de déplorer, ou de détester, ni d’ailleurs de consoler ou d’assister, et qu’il fallait avoir le courage de se résigner – la mort dans l’âme, mais nous ne le disions pas – à écouter, à regarder et à témoigner, du mieux possible, de ce que nous avions vu et entendu ?

Toutes ces vertus, dont ne traitent jamais les manuels de méthodologie, et aussi une incomparable maîtrise théorique et technique, associée à une connaissance intime de la langue et de la tradition berbères, étaient indispensables pour affronter un objet qui, comme les problèmes dits de « l’immigration », ne sont pas de ceux que l’on peut mettre entre toutes les mains. Les principes de l’épistémologie et les préceptes de la méthode sont de peu de secours, en ce cas, s’ils ne peuvent s’appuyer sur des dispositions plus profondes, liées, pour une part, à une expérience et à une trajectoire sociale.

Et il est clair qu’Abdelmalek Sayad avait mille raisons de voir d’emblée ce qui, avant lui, échappait à tous les observateurs : abordant l’« immigration » – le mot le dit – du point de vue de la société d’accueil qui ne se pose le problème des « immigrés » que pour autant que les immigrés lui « posent des problèmes », les analystes omettaient en effet de s’interroger sur les causes et les raisons qui avaient pu déterminer les départs et sur la diversité des conditions d’origine et des trajectoires.

Premier geste de rupture avec cet ethnocentrisme inconscient : Abdelmalek Sayad rend aux « immigrés », qui sont aussi des « émigrés », leur origine, et toutes les particularités qui lui sont associées et qui expliquent nombre de différences constatées dans les desti- nées ultérieures. Mais ce n’est pas tout : dans un article paru dans Actes de la recherche dès 1975, c’est-à-dire bien avant l’entrée de l’« immigration » dans le débat public, il déchire le voile d’illusions qui dissimulait la condition des « immigrés  », et révoque le mythe rassurant du travailleur importé qui, une fois nanti d’un pécule, repartirait au pays pour laisser place à un autre.

Surtout, en regardant de près les détails les plus infimes et les plus intimes de la condition des « immigrés », en nous introduisant par exemple au plus secret des souffrances liées à la séparation à travers une description des moyens qu’ils emploient pour communiquer avec le pays, ou en nous menant au cœur de la contradiction constitutive d’une vie impossible et inévitable au travers d’une évocation des mensonges innocents par lesquels se reproduisent les illusions à propos de la terre d’exil, il dessine à petites touches un portrait saisissant de ces « personnes déplacées », dépourvues de place appropriée dans l’espace social et de lieu assigné dans les classements sociaux.

Comme Socrate, l’immigré est atopos*, sans lieu, déplacé, inclassable. Rapprochement qui n’est pas là seulement pour ennoblir, par la vertu de la référence. Ni citoyen ni étranger, ni vraiment du côté du Même ni totalement du côté de l’Autre, l’« immigré » se situe en ce lieu « bâtard » dont parle aussi Platon, la frontière de l’être et du non-être social. Déplacé, au sens d’incongru et d’importun, il suscite l’embarras ; et la difficulté que l’on éprouve à le penser – jusque dans la science, qui reprend souvent, sans le savoir, les présupposés ou les omissions de la vision officielle – ne fait que reproduire l’embarras que crée son inexistence encombrante.

De trop partout, et autant, désormais, dans sa société d’origine que dans sa société d’accueil, il oblige à repenser de fond en comble la question des fondements légitimes de la citoyenneté et de la relation entre l’État et la Nation ou la nationalité. Présence absente, il nous oblige à mettre en question non seulement les réactions de rejet qui, tenant l’État pour une expression de la Nation, se justifient en prétendant fonder la citoyenneté sur la communauté de langue et de culture (sinon de « race »), mais aussi la « générosité » assimilationniste qui, confiante que l’État, armé de l’éducation, saura produire la Nation, pourrait dissimuler un chauvinisme de l’universel. Entre les mains d’un tel analyste, l’« immigré » fonctionne, on le voit, comme un extraordinaire analyseur des régions les plus obscures de l’inconscient.

Pierre Bourdieu

Le livre d’Abdelmalek Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. Tome 1. L’illusion du provisoire, vient de paraître aux éditions Raisons d’Agir.
Pour le commander sur le site Amazon, cliquer ici .

[1] A. Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Raisons d’Agir, 2006.

Table des matières :
1. Qu’est-ce qu’un immigré ?

2. Le foyer des sans-famille
Logement provisoire pour travailleurs « provisoires »
Un hôtel pas comme les autres
Le foyer, une communauté impossible
La commensalité impossible
Le foyer comme lieu de travail social

3. Le retour, élément constitutif de la condition de l’immigré
Les caractéristiques génériques ou les constantes du phénomène migratoire
La notion de retour dans la perspective d’une anthropologie totale de l’acte d’émigrer
Le retour de l’absent, une entreprise de toute l’absence
L’absence est une faute
Le retour comme produit de la pensée d’État
Immigration de travail et immigration de peuplement
Insertion et ré-insertion : la continuité d’un même rapport de force
La réinsertion comme affirmation de l’identité nationale du pays d’émigration

Mots clés

Société

Pierre Bourdieu

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Mes sites utiles

http://www.snpce.fr/

Le Syndicat national des prestataires et conseils en écriture a pour but de représenter et défendre les droits et intérêts de ses membres, notamment auprès des pouvoirs publics, par tous les moyens qu’il jugera utiles.

Aujourd’hui plus que jamais, les métiers de la prestation et du conseil en écriture sont en plein essor.

Aujourd’hui plus que jamais, nos contemporains ont besoin d’écrivains publics, d’écrivains conseils®, de biographes, de correcteurs et de toutes nos professions d’aide à l’écriture.

Aujourd’hui plus que jamais, chaque professionnel évolue individuellement et ne cesse d’expliquer et de réexpliquer, à son entourage comme parfois à ses clients, la place, le rôle, l’intérêt du prestataire et conseil en écriture.

Demain, grâce à notre action commune, grâce aux relais que seront devenus pouvoirs publics et médias, le grand public sera enfin informé de notre expertise, de notre présence, de notre capacité à répondre à sa demande.

Mais cela ne se fera qu’au prix d’un élan collectif et énergique, d’ores et déjà amorcé par le SNPCE, et qui perdurera grâce à votre collaboration.

Merci de votre visite, et à bientôt parmi nous.

Marion Clavel,
Présidente du SNPCE

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l’écrivain-public au théatre

L’ECRIVAIN PUBLIC

Drame / suspens de Juliet O’Brien mise en scène de l’auteur
 

 

Un jeune exilé sollicite les services d’un écrivain public pour écrire des mots d’amour à son épouse restée au pays et rédiger sa demande d’asile. Un lien fort se tisse entre les deux hommes. L’arrivée d’une lettre va tout bouleverser.
 

 

Jeudi 20 janvier à 20h30 : L’écrivain public de Juliet O’Brien (Location à partir du lundi 3 janvier)

réservation : http://www.saintcloud.fr/3-pierrots/index.php?rub=63&article=5644

Synopsis

 

  

Un jeune homme, exilé de son pays, a besoin des services de l’écrivain public. Fasciné par l’énergie et l’idéalisme du jeune exilé, l’écrivain renaît et trouve le fils qu’il n’a jamais eu.

Un écrivain public, Monsieur Rouvesquen, habite à Feldhurke, capitale de Zurniken, pays riche et paisible. Tout en mettant sa plume au service des sentiments, des problèmes des autres, il vit lui-même en gardant une distance ironique avec le monde.

Un jour, un jeune homme franchit sa porte. Il s’appelle Lansko. Il vient de Morland, un pays sous dictature. Il est illettré et parle mal la langue de Zurniken. Il a besoin de Rouvesquen pour remplir une multitude de formulaires administratifs, pour l’assister dans ses démarches afin d’obtenir la citoyenneté de Zurniken, et pour entretenir une correspondance avec sa femme, également illettrée, qu’il a laissée derrière lui.

Malgré les souffrances qu’il a subies dans son pays, malgré un voyage périlleux et les efforts titanesques qu’il a dû déployer pour franchir la frontière de Zurniken, Lansko est l’incarnation de la jeunesse et de l’optimisme, qualités que le cynique Rouvesquen a perdues depuis longtemps. Petit à petit, Rouvesquen est séduit par le caractère du jeune homme auquel il s’attache malgré lui, alors qu’il ne s’est jamais attaché à personne jusque-là.

Les besoins de Lansko se multiplient et se compliquent, et ses rendez-vous avec l’écrivain lui coûtent trop cher. Rouvesquen lui propose alors, d’accomplir certains travaux chez lui en échange de son aide. Insensiblement, et malgré son expérience, Rouvesquen est conduit à jouer un rôle de plus en plus important dans le destin de Lansko.

Les échanges entre les deux hommes deviennent de plus en plus profonds, leur relation se transforme en une relation père-fils inconsciente, à tel point que Rouvesquen perd peu à peu son objectivité dans l’exécution de son travail.

Un jour une lettre arrive de Morland, le pays de Lansko. Le contenu est tellement bouleversant qu’il va non seulement briser le coeur de Lansko mais aussi entraîner inévitablement la fin de ses rapports avec Rouvesquen. Celui-ci, ne pouvant se résoudre à transmettre l’information à Lansko, se met à lui mentir et, à dater de ce jour, il tisse une toile d’histoires imaginaires destinées à protéger le jeune homme, mais qui le rendent par ailleurs encore plus dépendant de ses services.

 



Impressionnant de justesse

« L’Écrivain public » : celui qui écrit pour ceux qui ne savent ou ne peuvent pas le faire. Beau métier. C’est aussi le titre d’un spectacle joué au Théâtre 13. Une fiction aux airs de vraisemblable, écrite, interprétée et mise en scène sans concepts encombrants. Simple et malin. Ce n’est pas contradictoire.

Dans le pays de Morland, c’est la dictature. Les hommes y sont cassés, humiliés, oubliés. Lansko, le héros, s’enfuit pour une terre d’exil, où il espère trouver asile, Zurniken. Il y fera venir sa femme et leur enfant à naître quand il aura obtenu le statut de réfugié politique. Mais tout n’est pas si facile… Lansko possède le courage mais pas l’alphabet. Illettré. Alors, quand il débarque dans la capitale de Zurniken, il s’adresse à M. Rouvesquen. C’est lui, l’écrivain public. Ce dernier accepte d’exécuter les nombreuses démarches administratives pour tenter d’obtenir le changement de nationalité de Lansko. Pour lui, et sous sa dictée, le scribe va aussi écrire des mots d’amour à Leila, l’épouse et future mère. C’est Lansko qui reçoit les réponses de celle-ci. Mais Lansko ne sait pas lire. Il les transmet donc à l’écrivain. Car il a une confiance entière en Rouvesquen…

Les thèmes entremêlés sont donc ceux du langage, de l’exil, de l’amour. Et ce qui rejaillit toujours est l’ambivalence. On sait bien qu’une absolue confiance est un abandon heureux mais naïf, donc dangereux. On retrouve le thème du maître et de l’esclave, qui dansent au son d’une ritournelle schizophrénique, autour de leur besoin l’un de l’autre. On se souvient surtout qu’un homme peut ne plus être un homme au regard de l’Administration, quand il devient un demandeur d’asile… Pièce réaliste ?

© Pascal Le Guennec

 

Pas réaliste, mais vraisemblable. Parce qu’une langue y est créée de toutes pièces, mais qu’elle résonne dans nos vies. Parce que Morland et Kurniken n’existent pas, mais que les guerres, les dictatures et tous ceux qui les ont fuies ne nous sont pas étrangers. Parce que enfin un malaise insidieux nous parvient comme un boomerang quand Lansko nous rappelle qu’il va mourir s’il reste dans son pays, et qu’un pays qui pourrait être le nôtre n’est pas capable de lui dire, simplement : oui, nous t’accueillons. Des sujets humains et politiques sont traités dans cette pièce, avec une écriture légère, joueuse, inventive.

Quant à la mise en scène, c’est de la dentelle. Le temps qui passe, qui revient, les fantômes qui surgissent sont traités avec une si grande maîtrise ! Aussi facilement, aussi naturellement qu’une caméra le ferait au cinéma. Sans effets mirobolants, pour un résultat impressionnant de justesse. Les ingrédients ? Une bande-son efficace (réalisée par Stephen Gallagher), des roues sous les décors, un rythme qui joue les contre-temps, des acteurs qui s’effacent délicatement pour laisser la pleine lumière sur une autre scène.

Les comédiens ont tous de la présence, avec un salut tout particulier à Bob Kelly, qui prête si belle vie au personnage de Lansko. Ce spectacle a la qualité d’être bien mené, mais pèche par son manque de force. Par exemple, le comédien pleure à un moment où notre imagination pourrait prendre le relais de la douleur et la rendre plus universelle, moins personnelle que celle qui nous est montrée par ses larmes. Ni vraiment militant, ni vraiment drôle, ni vraiment tragique, mais un peu tout ça à la fois, cette pièce n’a pas un goût suffisamment prononcé qui ferait toute son originalité. 

Claire Néel

Les Trois Coups

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